Je suis Charlie, nous sommes Français!

Il est bien important ce Charlie capable de réunir à l’improviste 4 millions de personnes en France et dans le monde… Il doit bien rire de voir le Président russe condamner les actes terroristes et défiler au nom de la liberté d’expression, entre autres chefs d’Etats, ceux de Turquie et de Hongrie… Mais au delà de l’élan de mobilisation de ce 11 janvier 2015 serons-nous collectivement à la hauteur de nos nobles intentions? Car ne nous y trompons pas, les défis en matière de société, de sécurité et de diplomatie internationale sont colossaux à relever.

Soyons efficaces pour une fois et utilisons la meilleure arme qui soit, le rire, pour désamorcer d’emblée ceux qui avec leurs gros sabots commencent déjà à nous expliquer que sans eux, la sécurité point de salut et que pour défendre la Liberté, il suffit de mettre 30 gendarmes derrière chaque terroriste potentiel. En clair : si nous voulons un tant soit peu améliorer le monde arrêtons une bonne fois pour toute de baisser les yeux devant la première des fausses blondes qui soit et regardons Marine Le Pen pour ce qu’elle est : une pauvre fille à papa grotesque sans aucune solution ! Cela ne nous dédouane de rien, bien au contraire… Car, évidemment, en matière d’extrémisme politique et religieux, nous ne sommes pas arrivés là du jour au lendemain. Cette situation, c’est tous ensemble que nous, simples gens, acteurs de la société civile, élus, acteurs des médias, nous l’avons plus ou moins consciemment produite.

Parce que nous sommes capables du meilleur comme du pire et qu’au plan régional voire national nous sommes particulièrement observés, nous portons une grande responsabilité à Roubaix. C’est vrai pour ce que nous avons produit localement en bien ou en mal. Cela le sera tout autant pour ce que nous serons capables ou non de construire à l’avenir. Si à l’évidence il ne suffira pas d’organiser des ducasses ou de jouer les gendarmettes pour y parvenir, gardons nous bien, nous socialistes et roubaisiens de gauche, de nous poser en donneurs de leçons. En nous illustrant régulièrement dans la presse par notre capacité à nous déchirer comme des chiffonniers, nous sommes bien mal placés pour donner à nos concitoyens de grandes leçons de Fraternité… Je vous le dis comme je le pense : si nous voulons être un tout petit peu utiles à quelque chose dans cette histoire, avant de nous prendre pour ce pourquoi les électeurs ne nous font plus depuis bien longtemps confiance, nous ferions bien, à notre tout petit niveau, de mener une sérieuse autocritique.

Déjà fleurissent me semble-t-il quelques questions qui devraient préoccuper sinon le commun des mortels, tout au moins la société civile, les élus toutes opinions politiques confondues et les médias locaux :

De quel tabou sommes nous collectivement frappés à systématiquement vouloir répondre par le procès en diffamation ou le déni dès lors que quelqu’un critique un tant soit peu Roubaix ?

Dès que nous sommes investis d’un mandat, n’aimons-nous donc plus assez nos prochains pour ne parler que de quartiers ou de territoires quand les gens ne souhaitent qu’une chose : que nous nous préoccupions d’eux?

Quelle prétention bien roubaisienne nous habite quand nous nous autoproclamons « ville monde » et qu’il suffit de deux paumés pour tenir tout un quartier?

Quelle paresse intellectuelle nous frappe quand nous déclamons « nous sommes riches de notre diversité » alors qu’il suffit d’ouvrir les yeux sur l’espace public pour voir que l’égalité femme-homme et la laïcité sont loin d’être une réalité ?

Avons-nous donc tellement renoncé à la politique pour nous gargariser à grands coups de vivre ensemble quand nous ne devrions rien céder sur toutes les petites compromissions qui minent la liberté et la fraternité ?

La liste est ouverte et j’invite l’ensemble de mes concitoyens enthousiastes et mes camarades de gauche à la faire sienne. J’invite chacun à la vigilance et à balayer devant sa porte avant de se poser en donneur de leçon. Une seule chose est sûre, il nous faut réapprendre à nous faire confiance au delà des divergences de points de vue pour aller au seul combat qui vaille : celui pour la Liberté, l’Egalité et la Fraternité. Commençons par le commencement, réapprenons à parler et à conjuguer : je suis Charlie, tu es différent, il et elle sont égaux, nous sommes français !

Catégorie : la politique, vous