Roubaisien et Français, je suis à la fois Charlie et Roubaix

En 1914 les terroristes assassinèrent Jaurès, en 2001 ils anéantissaient les Twins towers, en 2015 ils tuent les dessinateurs… Les terroristes ne s’en sont ni pris au Président Français ni à la Tour Eiffel : ils s’en sont pris à Charlie Hebdo. Comme quoi, le monde change beaucoup plus vite que nos idées ! De son côté Roubaix qui se prenait encore pour une « ville monde » se trouve un peu plus chamboulée….

Qu’on le veuille ou non, c’est un fait aujourd’hui : les opinions se font et se défont à la vitesse de 140 signes par seconde. A ce rythme, les jugements se font à l’emporte pièce, les esprits s’échauffent, les gens se blessent, on ne prend plus le temps de la réflexion. Dans ce contexte donc, quoi de plus simple que de s’en prendre à la ville à la plus forte population d’origine musulmane de France? Quoi de plus facile que caricaturer Roubaix quand il s’agirait de se poser les vraies questions ?

Je l’assume totalement, je faisais partie des quelques milliers de lecteurs réguliers de Charlie Hebdo, je n’en tire aujourd’hui aucun orgueil, aucune fierté. Pour être franc, je préfèrerais me sentir parfois moins seul à lire aussi le Monde… Il en va en effet de la liberté d’expression, comme de l’art : on est d’accord ou pas, on trouve ça beau ou pas, on peut se dire que ça ne sert à rien et pourtant… c’est comme l’amour : c’est essentiel, il faut que cela puisse exister si nous voulons tenir en vie! Entre adoration et détestation, entre passion et raison, c’est tout cela qui nous aide à gérer nos propres contradictions…

En la matière, je crois qu’à Roubaix nous sommes champions. On y mange des kebabs-frites, on y croise tout autant des hommes en Nike et djellaba que des émigrés fiscaux qui font leur beurre avec pour slogan « la vie, la vraie ! » et la ville réputée comme « la plus pauvre de France » s’est rachetée un peu de fierté en reprenant à son compte le légendaire I love New York… Peut-être le temps est-il maintenant venu de proclamer haut et fort : je suis Roubaix !?

Si je suis en colère quand on s’en prend à la réputation de la ville que j’aime, si je suis blessé quand on caricature Roubaix, si j’en fais une question d’amour propre, c’est bien que quelque part je suis Roubaix. J’en suis convaincu : je suis Roubaix parce que je place ma confiance dans mes concitoyens. Aujourd’hui, plus que jamais, je suis Roubaix parce que je crois qu’avec sa fougue et son sens du combat collectif, ma ville dessine aujourd’hui les contours de la société de demain. Je suis Roubaix parce que pris par mes propres contradictions je revendique à la fois la Liberté de conscience pour chacun et la Fraternité indispensable à la survie de l’humanité. Je suis Roubaix parce qu’à l’exemple de l’espace public qui devrait réunir les quartiers, je crois qu’il n’y a possibilité pour ceux qui souhaitent exprimer des convictions religieuses de le faire que si on accorde une place suffisante à la laïcité. Je suis à la fois Charlie et Roubaix, parce que les caricatures dont on nous affuble doivent nous faire réfléchir sur nos propres préjugés ; parce que pour lutter contre toutes les situations de discriminations, en tant qu’hommes, en tant que femmes, nous avons de très sérieux progrès à faire en matière d’Egalité.

Enfin et surtout, je suis Roubaix parce que je n’ai pas peur de propager ces nobles idées !

Je suis Charlie, nous sommes Français!

Il est bien important ce Charlie capable de réunir à l’improviste 4 millions de personnes en France et dans le monde… Il doit bien rire de voir le Président russe condamner les actes terroristes et défiler au nom de la liberté d’expression, entre autres chefs d’Etats, ceux de Turquie et de Hongrie… Mais au delà de l’élan de mobilisation de ce 11 janvier 2015 serons-nous collectivement à la hauteur de nos nobles intentions? Car ne nous y trompons pas, les défis en matière de société, de sécurité et de diplomatie internationale sont colossaux à relever.

Soyons efficaces pour une fois et utilisons la meilleure arme qui soit, le rire, pour désamorcer d’emblée ceux qui avec leurs gros sabots commencent déjà à nous expliquer que sans eux, la sécurité point de salut et que pour défendre la Liberté, il suffit de mettre 30 gendarmes derrière chaque terroriste potentiel. En clair : si nous voulons un tant soit peu améliorer le monde arrêtons une bonne fois pour toute de baisser les yeux devant la première des fausses blondes qui soit et regardons Marine Le Pen pour ce qu’elle est : une pauvre fille à papa grotesque sans aucune solution ! Cela ne nous dédouane de rien, bien au contraire… Car, évidemment, en matière d’extrémisme politique et religieux, nous ne sommes pas arrivés là du jour au lendemain. Cette situation, c’est tous ensemble que nous, simples gens, acteurs de la société civile, élus, acteurs des médias, nous l’avons plus ou moins consciemment produite.

Parce que nous sommes capables du meilleur comme du pire et qu’au plan régional voire national nous sommes particulièrement observés, nous portons une grande responsabilité à Roubaix. C’est vrai pour ce que nous avons produit localement en bien ou en mal. Cela le sera tout autant pour ce que nous serons capables ou non de construire à l’avenir. Si à l’évidence il ne suffira pas d’organiser des ducasses ou de jouer les gendarmettes pour y parvenir, gardons nous bien, nous socialistes et roubaisiens de gauche, de nous poser en donneurs de leçons. En nous illustrant régulièrement dans la presse par notre capacité à nous déchirer comme des chiffonniers, nous sommes bien mal placés pour donner à nos concitoyens de grandes leçons de Fraternité… Je vous le dis comme je le pense : si nous voulons être un tout petit peu utiles à quelque chose dans cette histoire, avant de nous prendre pour ce pourquoi les électeurs ne nous font plus depuis bien longtemps confiance, nous ferions bien, à notre tout petit niveau, de mener une sérieuse autocritique.

Déjà fleurissent me semble-t-il quelques questions qui devraient préoccuper sinon le commun des mortels, tout au moins la société civile, les élus toutes opinions politiques confondues et les médias locaux :

De quel tabou sommes nous collectivement frappés à systématiquement vouloir répondre par le procès en diffamation ou le déni dès lors que quelqu’un critique un tant soit peu Roubaix ?

Dès que nous sommes investis d’un mandat, n’aimons-nous donc plus assez nos prochains pour ne parler que de quartiers ou de territoires quand les gens ne souhaitent qu’une chose : que nous nous préoccupions d’eux?

Quelle prétention bien roubaisienne nous habite quand nous nous autoproclamons « ville monde » et qu’il suffit de deux paumés pour tenir tout un quartier?

Quelle paresse intellectuelle nous frappe quand nous déclamons « nous sommes riches de notre diversité » alors qu’il suffit d’ouvrir les yeux sur l’espace public pour voir que l’égalité femme-homme et la laïcité sont loin d’être une réalité ?

Avons-nous donc tellement renoncé à la politique pour nous gargariser à grands coups de vivre ensemble quand nous ne devrions rien céder sur toutes les petites compromissions qui minent la liberté et la fraternité ?

La liste est ouverte et j’invite l’ensemble de mes concitoyens enthousiastes et mes camarades de gauche à la faire sienne. J’invite chacun à la vigilance et à balayer devant sa porte avant de se poser en donneur de leçon. Une seule chose est sûre, il nous faut réapprendre à nous faire confiance au delà des divergences de points de vue pour aller au seul combat qui vaille : celui pour la Liberté, l’Egalité et la Fraternité. Commençons par le commencement, réapprenons à parler et à conjuguer : je suis Charlie, tu es différent, il et elle sont égaux, nous sommes français !

Et si on arrêtait de véhiculer bêtement les clichés…

Il y a dans les médias et la politique des mots valises comme le « vivre ensemble » qui finissent par ne plus rien dire tellement chacun les charge de n’importe quoi. Et puis il y a ceux qui, à l’évidence, sonnent juste parce que vraiment ancrés dans la réalité. Parmi ceux là j’affectionne tout particulièrement « les transports collectifs », cette idée qu’au-delà du déplacement pratique, écologique et pas cher d’un groupe, voyager se transforme en expérience collective où l’on partage aussi, en bien ou en mal, les sentiments que véhicule notre société.

Les communicants l’ont bien compris et je dois dire que la nouvelle campagne de communication de Transpole est belle de promesses. En choisissant le slogan « vous allez aimer être libre » on nous annonce le bonheur de vivre à plein une métropole, je cite : « irrésistible, active, moderne, effervescente, surprenante !» sauf que… à bien regarder les portraits que l’on nous impose, parce qu’il ne suffit pas d’afficher une belle fille venue d’Afrique noire pour se dédouaner d’un vrai engagement pour la diversité, nous sommes bien vite coupés dans notre élan vers la modernité.

Faisons attention… qu’est-ce qu’on nous montre vraiment? Un papa sympa qui rentre du boulot, une jolie mamie qui prend sa petite fille modèle sous son aile, un jeune rappeur très propre sur lui et une femme que le fait de dépenser sans compter semble mettre en transe… ?! Certes on veut nous vendre du bonheur mais il y a comme un truc qui fleure bon la fatuité, comme un petit goût de périmé dans ces fausses belles idées…

A ne voir les petites filles qu’en sucre, les ados en bêtas, les hommes en benêts, les femmes en écervelées et réduire les séniors à leur odeur de sainteté, ceux qui doivent affronter l’adversité du quotidien pour trouver un emploi, remplir leur frigo, se faire soigner, tenter d’avoir des enfants qui réussissent… risquent d’être nombreux à ne pas s’y retrouver et à rester longtemps sur le quai avant d’espérer raccrocher les wagons avec la société !

Dans une France qui cède petit à petit à la tentation du rétrograde ne nous étonnons alors pas que les journalistes comparent les travaux d’une gare à « une vieille dame qui se fait relifter » et que des maires machos n’aient toujours pas compris « qu’il n’y a pas que l’auto dans la vie ». A ce train là les fascistes en gilets jaunes autoproclamés « agents de sécurité » n’attendront pas le printemps pour renouveler leurs descentes et nous réveiller…

Oui, chaque fois que je prends le métro je rencontre des gens qui parlent fort, jettent des papiers et sentent mauvais. Mais plutôt que de me laisser conter des histoires à la sauce « petit Nicolas », permettez-moi de vous dire que je vois aussi de nombreux gestes simples, discrets et attentionnés de Nordistes qui renouvellent modestement une promesse de plus de 200 ans : celle d’agir en faveur de l’Egalité. Et si au final, bien loin des communicants qui en font toujours des tonnes, en dégageant le passage, en laissant sa place, en ayant un mot aimable ou en partageant un encas, les transports en commun, au-delà de nous déplacer d’un point A à un point B réussissaient l’exploit de faire avancer ne serait-ce qu’un tout petit peu les mentalités ?

Attention Ch’ti méchant!

Ils sont bien gentils tous nos édiles nationaux qui se glorifient de retailler la carte de France à grands coups de ciseaux en se disant qu’il vaut mieux éviter de toucher au nez de l’Armorique sous peine de fâcher tout rouge les bretons à gros bonnets. Ils feraient bien de se méfier des Ch’tis à la réputation si « sympa » quand ils pensent que cela n’émouvrait pas grand monde que le Département en lanière « tout là haut » disparaisse discrètement sous le tapis de la carte de France…

Tant mieux si les décideurs des autres pays européens reprennent de l’appétit à voir la France tester la nouvelle saveur « moutarde et cancoillotte ». Nous les Nordistes nous n’y goûtons que très peu : forts de l’histoire de nos villes, des fluctuations frontalières que nous avons vécues, conscients d’être au cœur de la vraie vie, des mouvements collectifs que nous partageons, nous savons bien que derrière l’image de la France aux 365 fromages, c’est bien la question de la convivialité et de notre avenir commun qui est en danger. Peut-être est-ce parce que nous sommes dans la pleine crise de croissance propre à notre jeunesse que nous avons une telle fringale de santé, d’éducation, de travail et d’épanouissement personnel ? Une chose est sûre nous avons une faim de loup en matière d’avenir et de solidarité !

Quelle recette alors employer? Evidemment, quand il s’agit de 2 600 000 français, il vaut mieux se fâcher avec le seul Département du Nord qu’avec les 17 départements les moins peuplés de France… Alors oui, commençons par mettre en ménage les deux Normandies, les 2 800 000 Bourguignons et Francs-Comtois, n’oublions pas de nous rappeler que dans la France d’aujourd’hui un mariage sur deux se solde par un divorce et nous, habitants du Nord, nous commencerons à nous sentir sur le même pied d’égalité !

Nous n’avons attendu personne pour agir en commun et avancer à grands pas avec nos homologues du Pas-de-Calais. Notre façon à nous de gouverner sur notre territoire aux larges horizons fait de nous le partenaire naturel de la Flandre et de la Wallonie. A l’avant-garde nous le sommes depuis bien longtemps avec les créateurs de Maubeuge et Charleroi qui ont compris depuis bien longtemps que la culture n’est pas la cerise mais la levure du gâteau. Nous sommes pionniers au plan institutionnel, loin du cliché de la baraque à frites, avec l’intercommunale européenne Dunkerque-Flandre-Côte d’Opale et celle de l’Eurométropole de Lille-Kortrijk-Tournai…

Je vous le dis, pour gagner en efficacité, l’Etat a bien tort de chercher à faire campagne au milieu des champs. Quand on a vraiment conscience de vivre dans un monde globalisé on réalise rapidement qu’il y a plus d’élus communaux à Roubaix qu’à New-York qui est pourtant 100 fois plus grande et que nous avons cinquante ans de retard sur la Belgique pour trouver le bon levier du pouvoir communal. Notre atout à nous, gens du Nord, c’est d’avoir conscience que notre territoire est dirigé par la force des réseaux. C’est pour cela que nous, les élus de progrès, nous devons d’abord faire campagne sur les terrains en friches qui sont les premiers à être marginalisés !

En tout cas, puisque le débat semble fleurer bon le terroir et la réflexion à gros bords, j’ai assez envie de dire qu’en bons Ch’tis (c’est-à-dire accueillants et conviviaux !), pour ce qui concerne le mille-feuilles, nous ne étriperons pas pour nous tailler la part du lion mais nous ne nous satisferons pas pour autant des miettes. Les élus de Ch’nord sont peut être moins causeux que les bretons mais vous pouvez compter sur eux en cuisine pour que chacun puisse continuer, en toute convivialité, à se régaler de sa part de tarte au chuque ou au libouli !

Et la tendresse…

Masturbation, répudiation, procréation, homosexualité… entre éruptions polémiques et manque de débat sur des questions de fond, la vie publique prend en ce moment un tour aussi confus que troublant. A entendre les invectives sur de tels sujets, il n’y a pas de doutes, nous sommes bien à la fin d’un cycle, un autre commence : la saison des amours…et de la campagne électorale !

Rappelez-vous, en faisant ses adieux à la vie municipale René Vandierendonck déclarait : « Pour être Maire de Roubaix il faut aimer les gens » et d’enchaîner « savoir rassembler tout le monde sur un projet et bosser comme un dingue »… Au petit jeu de l’anaphore des candidats à la fonction de Maire, chacun a tenté de déclarer sa flamme : certains échaudés veulent encore croire au coup de foudre, d’autre veulent penser que l’électorat est plus fidèle que les gens eux-mêmes …

Pourquoi vouloir y croire quand tout le monde sait déjà que l’amour ne dure que 3 ans ? Pourquoi donc vouloir parler amour en politique quand il est déjà de notoriété publique qu’appartenance à un même parti et amitié ne font déjà pas bon ménage ? Pas de « mytho » entre nous : à trop vouloir embrasser par des I love Roubaix aux quatre coins du monde, nous savons bien que nous cherchons à camoufler le désamour des entrepreneurs et des habitants qui nous préfèrent d’autres villes…

Si on comprend bien la nécessité de transcender le bien vivre-ensemble et les clivages politiques et s’il paraît évident qu’un Maire doive aimer « sa ville », encore faut-il être au clair sur la nature de cet amour. Comme dans tous les couples, entre un Maire et sa population ne suffit-il pas que l’un des deux ressente un manque de respect et de considération pour que ce soit toute la ville qui se trouve en souffrance ? Le problème, c’est qu’on n’aime pas sa ville comme on fétichiserait une maquette, on n’aime pas sa ville comme on a aimé son métier, quand bien même il fût au service du public…

Regardons-nous, regardons la propreté des rues, les comportements tétanisés, voyez se propager l’esprit « Kärcher » et la nervosité publique… entendez les réactions épidermiques des Roubaisiens au moindre regard télévisé : Roubaix manque sérieusement d’amour propre ! Je vous le demande donc : et si tous ces jeux de cours, ces tentatives de séduction de ces Maires en puissance n’étaient au final que besoin pour eux de se sentir aimés ?

Nous sommes bien là au cœur du problème : celui qui est incapable de gérer ses sentiments ne gagne pas l’amour de l’autre, il ne peut qu’en assumer les ruptures. Pire, il ne se rend pas compte qu’en alimentant la confusion, il ne fait que renforcer l’incompréhension de l’autre.

Messieurs les prétendants à devenir Maires arrêtez donc de vouloir nous faire boire des histoires à l’eau de rose et acceptez la vraie dispute politique, celle qui fait durer les histoires d’amour longtemps ! Que vous soyez love, sex & fun ou peace & love, l’électorat n’attend pas de vous des démonstrations de puissance et de richesse, assurez d’abord en politique avec raison… et pour parler au cœur des Roubaisiennes et des Roubaisiens, faites la part belle aux petites attentions !

En cette Saint-Valentin commencez par faire preuve d’un peu de tendresse et, si le cœur leur en dit, les électeurs accepteront peut-être de vous apporter par petit bulletin cacheté, ce printemps, la plus belle preuve d’amour que vous attendez ardemment!

Tout ça pour ça ?

Il y a ceux qui parlent de la désespérance des familles roubaisiennes, du manque généralisé de respect à l’ordre public, du « tous pourris » qui gangrène la société. Ce sont globalement les mêmes qui se tiennent en embuscade pour espérer profiter de la situation. Certains sont prêts à renier leurs engagements à la première contrariété, d’autres croient agir et ne font en fait que s’agiter… Pour ma part, sûr de mes valeurs, je reste sur mes positions. Alors… tout ça pour ça ?

L’heure est suffisamment grave pour que nous ne nous racontions pas d’histoires : l’enjeu n’est pas de prendre le pouvoir par orgueil personnel, le problème c’est de pouvoir agir dans l’intérêt des Roubaisiennes et des Roubaisiens. La situation sociale de notre ville est suffisamment critique pour ne pas l’affaiblir davantage en nous privant de la force et de la solidarité du Département du Nord, et, qu’on l’admette ou non, pour que notre avenir, qui se joue à Lille dans les mains de la métropole, ne soit compromis.

Dans la spirale infernale de cette campagne municipale où le tout Roubaix montre qu’il est capable du pire, je le dis avec aplomb – et les Roubaisiens dans l’adversité vous le diront mille fois mieux que moi – : quoi qu’il en coûte, surtout quand tout paraît perdu d’avance, le courage ne se trouve certainement pas dans la fuite en avant. Le courage c’est de tenir bon ! Je ne tirerai donc pas à mon tour le diable par la queue. Je ne tenterai pas de vaincre la Mairie de Roubaix par “chaos”. Il en va de l’honneur de notre ville : nous, les Roubaisiens, nos combats nous les gagnons « à la loyale ».

Malgré les apparences ma décision n’a donc pour autant rien pour réjouir la section socialiste de Roubaix. Elle ne répare en aucune façon la perte de 56 de nos camarades sincèrement engagés. Je mesure aussi qu’elle renvoie les leaders de la section à leur mauvaise conscience et à leurs propres incohérences. En effet, pour prétendre présider à la destinée de Roubaix et emporter l’ensemble de la population vers des horizons meilleurs, encore faut-il être capable d’engager une majorité dans un même effort collectif porté par un véritable esprit de solidarité… Je suis le premier à le regretter et vous le savez autant que moi : depuis le départ de René Vandierendonck, nous, les Roubaisiens de gauche nous avons échoué à créer ces conditions. Personne ne les inventera en 2 mois.

Quel que soit le résultat au soir du 30 mars prochain, tout cela est donc au global de très mauvaise augure pour l’avenir de Roubaix. L’urgence est de limiter la casse. Je vous le dis sans fausse modestie, votre intérêt est bien supérieur à celui que vous voudriez m’attribuer. La réputation de Roubaix est tellement plus importante que celle dont on ne manquera pas de m’affubler ! Comme vous le comprenez donc, je ne renonce à rien et ma décision ne résout rien. Une seule chose est certaine : je suis plus utile et motivé que jamais, chez moi, au coeur de mon parti pour forger inlassablement les lettres de noblesses de Roubaix par résistance, dans le respect et  avec raison. Socialiste roubaisien de la première heure j’espère simplement par cette franche décision marquer de la façon la plus nette possible le refus de la tentation du pire.

Et si cette fois-ci, nous, les Roubaisiens, nous nous montrions dignes de l’héritage de Jean Lebas en étant par nos actes exemplaires de nos idéaux ? Si enfin nous consacrions nos énergies à donner le meilleur de Roubaix ?

Les Roubaisiens ont cent mille fois raison!

Fort de 35 ans au Parti Socialiste, 25 à Roubaix, je sais de quoi notre ville est capable et je peux vous assurer que Roubaix mérite beaucoup mieux que ce qu’elle vit actuellement.

Tout le monde le sait : le grand drame de Roubaix c’est le manque de respect à l’autorité publique. Pour gouverner, les élus qui sont censés la représenter doivent en être exemplaires. On ne peut pas accepter que le ressentiment puisse l’emporter sur le respect le plus élémentaire, surtout quand il s’agit de celui de la parole donnée. A se comporter ainsi on jette le plus complet discrédit sur notre aspiration à « bien vivre ensemble ». Et pourtant… Reconnaître que l’on peut avoir un avis différent, savoir composer avec la diversité, avoir le sens de l’intérêt général et supérieur de la collectivité : c’est le propre de la démocratie. Tout démocrate qui se respecte devrait le savoir : on ne triche avec la démocratie qu’à ses dépends…

Alors que tant de nos concitoyens ont la tentation de se laisser couler face à l’accumulation des difficultés, il ne fait pas preuve de beaucoup de courage celui qui ne sait pas tendre la main. Il a bien peur celui qui préfère couper celle qu’on lui tend… Il est clair que ce n’est pas en restant entre soi que l’on devient téméraire surtout quand on est déjà dans la gueule du loup… Se ressembler n’est pas rassembler. Nous, les socialistes, encore moins que les autres, nous n’avons pas le droit de céder à cette faiblesse. Où va-t-on si nous ne savons plus aller au devant de l’autre et faire confiance à celui qui est différent ? Evidemment, pour servir ses concitoyens, pour défendre la cause de son voisin, encore faut-il encore être en paix avec soi-même…

Mitterrand avait raison : le sentiment d’injustice ne suffit pas à vaincre l’injustice ! C’est bien fort de ce constat que j’ai embrassé le métier d’avocat. C’est aussi pour cela que j’aime la politique, la vraie, celle qui ne ment pas. Les Roubaisiens ont cent mille fois raison : on ne fait pas de politique au sentiment, on fait de la politique en agissant.

Quelle envie suscite-t-on? Quel espoir formulons-nous? Quelles perspectives construisons-nous ? Pour les jeunes ? Pour les parents isolés ? Les familles ? C’est sur ses questions que les Roubaisiens nous attendent de pied ferme. Ne les voyez-vous pas ? Ne les entendez-vous pas ? En tout cas, moi je les rencontre et ils sont de plus en plus nombreux à se manifester parce qu’ils veulent qu’on en finisse et qu’on rende enfin justice à Roubaix !

La raison s’impose : il faut impérativement replacer le respect et le courage à l’avant-garde ! C’est le seul moyen de retrouver la confiance, celle qui permettra de renforcer les solidarités et restaurer la réputation de Roubaix. Il faut de l’ambition pour Roubaix ! Non pas pour soi-même, mais parce que chaque Roubaisienne et chaque Roubaisien doit avoir droit à sa chance, sans aucune exception.

Alors, au travail ! Il est grand temps de donner le meilleur de Roubaix !

Pierre MAUROY : une vie au service du progrès

Pierre MAUROY s’est éteint à l’âge de 84 ans. Après la série d’hommages national, lillois et socialiste, retour sur le parcours d’un militant du socialisme et de l’éducation populaire.

Nommé Premier ministre après la victoire de François MITTERRAND en 1981, Pierre MAUROY est le premier des socialistes à Matignon sous la Vème République : c’est sans doute ce qui marque toute sa vie.

Il dirigera trois gouvernements d’Union de la gauche. Parmi les réformes majeures de ces trois années, on retiendra bien sûr, l’abolition de la peine de mort, les lois de décentralisation, la cinquième semaine de congés payés mais aussi les 39 heures, les lois dites AUROUX sur le droit d’expression des salariés et la mise en place de l’impôt sur la fortune.

Pierre MAUROY, c’est l’homme du Nord. Maire de Lille de 1973 à 2001, député du Nord (1973-1981, 1986-1992), Président du Conseil régional du Nord/Pas-de-Calais (1974-1981), il aura marqué durablement l’histoire de sa ville et de sa région.

De 1988 à 1992, il fut le Premier secrétaire du PS avant d’être élu à la tête de l’internationale socialiste de 1992 à 1999.

UN PARCOURS MILITANT

Né le 5 juillet 1928 à Cartignies, Pierre MAUROY est l’aîné d’une famille de sept enfants. A 16 ans, il adhère aux jeunesses socialistes dont il sera secrétaire national de 1955 à 1959.

Diplômé de l’Ecole normale d’apprentissage de Cachan, il sera professeurdans un lycée technique de la banlieue parisienne de 1952 à 1956.

En 1951, il fonde la fédération Léo Lagrange, grande fédération d’éducation populaire.

Dix ans plus tard, il devient premier secrétaire de la fédération socialiste du Nord et accède en 1963 aux responsabilités nationales au sein dela SFIO.

Pierre MAUROY accompagnera François MITTERRANDdans son entreprise de reconstruction du PS lors du congrès d’Epinay en 1971.

L’observateur roubaisien reconnaît que Pierre MAUROY, lorsqu’il a présidé Lille Métropole Communauté  Urbaine, a entraîné Roubaixdans un vaste mouvement métropolitain etdans une politique de ville renouvelée qui a transformé Roubaix.

L’HOMMAGE NATIONAL ET L’HOMMAGE DE SA VILLE

Le mardi 11 juin, un hommage national aux Invalides lui a été rendu par le Président dela Républiqueet Jean-Marc AYRAULT. Le corps est revenu à Lille où le cercueil a été présenté à l’Hôtel de Ville pour que les Lillois puissent lui rendre un dernier hommage. Un hommage républicain lui a été rendu avant la cérémonie à la cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille.

La fédération du Nord du Parti Socialiste s’est rassemblée pour un hommage à ce grand camarade.

 

« Peu d’hommes, même éminents, peuvent s’enorgueillir d’avoir fait l’Histoire de leur pays.

Pierre MAUROY est incontestablement de ceux-là.

Ce destin exceptionnel, rien ne le disposait à l’accomplir, mais tout le conduisait à en rêver ».

François Hollande

 

En relisant ce très bref résumé de la vie de Pierre MAUROY, je ne suis pas satisfait.

Il y manque, mais ce sera le travail d’un biographe de talent, toute la dimension humaine de cet honnête homme.

J’ai participé aux cérémonies d’hommage du Parti Socialiste, dela Villede Lille et à la cérémonie religieuse.

A chaque fois, mon esprit était envahi par les souvenirs des moments que j’ai pu partager avec lui comme militant.

J’ai vu tant de gens les yeux rougis, nous avions tous une grosse bouledans la gorge.

Ainsi rassemblés, nous avons porté la mémoire d’une histoire de notre région, et, tous, nous avions le sentiment que décidément, Pierre MAUROY avait mis du bleu au ciel.

Et si on évitait d’insulter les Roubaisiennes ?

Le 8 mars c’est la journée du droit des femmes. Qui s’en souvient encore aujourd’hui, moins de 8 jours plus tard? Notre société a ceci d’exaspérant qu’on affiche et puis on oublie… L’agitation prend le pas sur l’action, le sensationnel l’emporte sur l’engagement dans la durée et la mobilisation se dégonfle aussitôt la date passée. Emportés par notre besoin de nous rassurer mutuellement, nous nous mobilisons instinctivement, le marketing aidant, notre paresse intellectuelle nous trompant, la journée du droit des femmes se recycle insidieusement en une « journée des femmes » que l’on se doit de ne pas oublier, comme la Saint-Valentin ou la Fête des mères… avec le même lot d’allusions plus ou moins fines dont la moins grave est peut être :  »alors le reste de l’année c’est pour les hommes?  »

Attention à nous ! Derrière les bons sentiments d’une journée, se cache l’implacable réalité : à Roubaix, 1 famille roubaisienne sur 4 est constituée d’une femme qui élève seule ses enfants ! 10% des mères de familles roubaisiennes ont 4 enfants ou plus.
A Lille elles ne sont que 4 sur 100. Cela explique peut être pourquoi à Roubaix, entre 25 et 54 ans, 1 femme sur 2 est sans emploi quand le taux est de moins d’une sur 3 à Lille. En tout cas, ce n’est certainement pas qu’un problème de formation…

Je ne sais pas si, comme dit la chanson, la femme est l’avenir de l’homme, en tout cas, Roubaix n’aura d’avenir que si nous, les socialistes, savons donner un avenir aux Roubaisiennes. Cela commence par un programme de lutte contre les clichés sexistes dès l’école maternelle -oui, dès l’école maternelle!-, le développement de lieux telle que la Médiathèque où les filles puissent sereinement se cultiver hors du regard des grands frères, dénoncer avec les associations les mariages forcés, avec le Département agir pour le droit des femmes à disposer de leur corps… Bref, mettre les femmes en situation de s’emparer de ce que beaucoup considèrent souvent comme des attributs  »typiquement masculin ».

Ce projet, c’est l’exact inverse de l’affichage démagogique, et si l’on rêve toujours d’une femme Présidente de la République et d’un homme Ministre du droit des femmes on peut certainement éviter d’insulter les Roubaisiennes en ne déclarant pas : « moi élu, Maire, Président d’association, etc. je prendrai une femme pour suppléante, première adjointe ou assistante… »

La distance, cette marque de respect que l’on doit aux Roubaisiens !

Nous les Roubaisiens, nous savons de quelle laine sont faits les moutons et de retour de vacances d’hiver il me revient à l’esprit cette bonne vieille affiche pour la sécurité routière…


Ma foi oui ! Il en va sur les autoroutes comme sur les ponts aux ânes : pour arriver à bon port l’important c’est, je crois, de garder la distance critique… Respecter les distances, c’est considérer l’autre comme un égal, accepter sa liberté d’agir en tant qu’individu responsable, c’est surtout reconnaître l’importance de ce qui nous sépare comme essentielle pour arriver tous ensemble à bon port.

A vouloir rouler trop vite, trop près, les perspectives se révèlent vite des trompe l’œil et le pouvoir d’agir une illusion. Quand on ne réalise plus que le débat a cédé la place aux tempêtes de bénitiers c’est que l’intelligence collective est en mauvaise passe, on est à deux doigts de confondre droit de vote et tour de passe-passe. Ma ligne de conduite, elle, tient à cette distance qui me permet d’être au clair entre l’intérêt collectif et le bien particulier, de conduire avec raison face à l’élan des sentiments. L’exercice est d’autant plus exigent pour nous, les socialistes, que la distance entre camaraderie et copinage est infime. Elle fait pour moi toute la différence : c’est celle qui m’évite de confondre la place publique avec une poubelle et l’action politique avec une mauvaise sitcom.

Les Roubaisiens sont grands. Nous, les élus, nous sommes tout petits. Alors oui, plus nous tirerons des plans sur la comète « toutes tendances politiques confondues » plus nous creuserons la distance qui sépare les Roubaisiens des urnes. C’est pourquoi, j’en suis convaincu, la distance est le premier des respects qu’on doit aux Roubaisiens si l’on veut leur donner de bonnes raisons de voter pour un projet socialiste.

Roubaix mérite des batailles d’une autre ampleur que des guéguerres de cour de récré et les récupérateurs de tout poil nous attendent déjà au tournant alors, si pour une fois, avec les Roubaisiens nous faisions nôtre ce code de bonne conduite pour ne pas tomber dans le panneau

Enfin… je dis ça avec toute l’estime que j’ai pour vous…