Faire basculer le centre de gravité du côté de la République

On a commencé par demander aux français musulmans de se démarquer des terroristes islamiques. On leur demande aujourd’hui de témoigner de situations d’apartheid. Ces démarches, ce sont par définition des questionnements de blancs implicitement convaincus qu’ils sont d’être du côté de la raison. Et si pour progresser on adoptait pour une fois le point de vue de l’autre ? Si on commençait par déconstruire les clichés pour mieux repérer les situations de discriminations ? Si on dépassait les apparences pour s’interroger sur l’exercice du droit, droit au respect, à l’éducation, au logement, à l’emploi, etc. ? Peut-être, alors, la politique réussirait à favoriser l’égalité, vraiment…

Ces demandes, ces attentes… Bien sûr, tout cela part d’un bon sentiment général et c’est bien là tout le problème : celui d’une France qui sous ses grands airs de Marianne n’en reste pas moins la  « fille aînée de l’église ». Nous vivons encore dans une société pétrie de bien-pensance  où certains ont cru s’acheter une bonne conscience politique en plaçant çà et là quelques « beurs et beurettes» pour se dédouaner. La vérité c’est que ce sont là de sales habitudes héritées des années 80 dans laquelle la France d’aujourd’hui ne se reconnait plus. Le Touche pas à mon pote ! qu’on opposait de façon simpliste au « F Haine » a bien vécu! Bref, dans une société où tout se mondialise, le commerce, la culture et, malheureusement, le terrorisme, il est grand temps de tordre le cou aux présupposés de l’action antiraciste « à la papa » pour être à la hauteur des enjeux de notre temps !

Parlons concrètement : que l’on demande à un Roubaisien de témoigner de la discrimination à l’embauche c’est une chose; qu’on pose la question à un Roubaisien en est une autre. Chercher le même témoignage avec un roubaisien au nom arabe en est une troisième très sensiblement différente : c’est déjà commencer à entretenir les clichés. En effet, d’une part la difficulté à décrocher un premier emploi n’épargne pas les français « bon teint » et, d’autre part, le racisme n’épargne ni les Roms, les juifs, les africains ou les asiatiques d’origine. Enfin et surtout, le problème c’est que les partisans de la « préférence française » trouvent là la preuve qu’il n’y en a « que pour les émigrés et les assistés» et la vieille gauche, sûre de ce qui est bon pour les autres, peut se rassurer, fière qu’elle est de ses jeunes, qui sont l’exemple même de la capacité des gens à s’intégrer

Sauf que… sauf qu’on voit bien aujourd’hui qu’en réalité cela ne fonctionne pas comme ça ! Tu n’a pas le bon nom ou la bonne couleur : on ne te donne pas le droit de choisir où tu habites, et donc, en chaine, tu ne choisis pas vraiment ta scolarité, encore moins tes loisirs et je ne parle surtout pas du droit au travail… Les discriminations sont de plus en plus cumulatives, les gens sont tellement déçus par les beaux discours, assoiffés de la liberté d’agir, vous pensez bien que la liberté d’expression est le cadet de leurs soucis…

Pour tout cela, Patrick KANNER, Ministre de la Ville et de la jeunesse, a cent fois raison de dire qu’il est aussi le Ministre de « ceux qui ne se sentent pas Charlie », parce que l’intégration ne peut pas se faire que par les efforts des français d’origine étrangère. Elle résulte tout autant de la capacité de l’Etat, des services publics et de la société civile à composer dans l’unité nationale avec les différences culturelles de chacun. En s’exprimant ainsi, le Ministre rouvre le champ des possibles pour tous les jeunes, filles et garçons, à part égale, quelles que soient leurs références culturelles, leur origine géographique.

En politique les mots ont un poids et une portée. Ils nous obligent à prendre position. Ils indiquent le sens de l’action. Pour tout cela Manuel VALLS, premier Ministre, a eu mille fois raison de parler d’apartheid. En tant que chef de gouvernement, il se met ainsi lui-même en danger. Il nous met nous, élus, face à nos responsabilités. Parce qu’il est grand temps aujourd’hui de faire basculer le centre de gravité des responsabilités depuis les ghettos de misère sociale vers le camp de la République.

Dans une République libre, égale, fraternelle, le Président ne demande rien d’autre à Najat Vallaud-Belkacem et Chrisitiane Taubira que d’être de grandes Ministres de l’Education et de la Justice. La République assure exactement les mêmes droits à chacun quelle que soit sa couleur, son origine, ses aspirations… et le Premier Ministre prend des risques pour faire avancer la société. Les Départements quant à eux se remettent en question. Celui du Nord, dont la raison sociale est la solidarité, y travaille avec les citoyens pour l’égalité et contre les discriminations, et moi, en tant que Conseiller départemental de Roubaix, je me situe clairement au premier rang des Nordistes à engager les grandes manœuvres pour mener à bien ce formidable projet de société !

Pierre Prouvost nous aura tous grandis!

Nous avions bien ri ensemble des travers de notre société quand, l’année dernière, relayant une information erronée, j’avais annoncé via Twitter, la disparition de l’homonyme de Pierre Prouvost… Cette fois ci, malheureusement, l’ex Maire socialiste de Roubaix, Député et Conseiller Général s’en est bien allé !

On mesure souvent l’importance d’un Maire en kilomètres de voirie, en mètres carrés de surfaces construites ou en mètres cubes de béton mais je crois que l’on fait erreur. C’est en tout cas se tromper d’échelle de valeur pour évoquer l’héritage Roubaisien de Pierre Prouvost. Car Pierre Prouvost c’est d’abord un camarade socialiste fidèle à ses idéaux, un homme profondément humaniste et un esprit pionnier.

Je retiens d’abord ses convictions mises en actions pour les Roubaisiennes et les Roubaisiens : à elles seules l’hôpital et la médiathèque sont les deux réalisations qui résument le mieux l’ampleur de son engagement pour le bien être et l’épanouissement de chacun. Elles constituent les deux conditions nécessaires à cette idée trop galvaudée de « bien vivre ensemble ». Trente ans plus tard, au-delà du combat de dizaines d’associations, la santé, en particulier celle des jeunes enfants, mais aussi la pratique de la lecture et la découverte d’autres univers culturels demeurent tout aussi déterminants pour la jeunesse qui est l’avenir de notre Ville. Pierre Prouvost, n’avait pas la prétention de détenir une vision pour la ville de Roubaix. Il avait en revanche la ferme volonté de donner à chaque Roubaisienne et chaque Roubaisien, les clés pour « s’en sortir » dans cette très douloureuse période de crise de la fin des années 70. La démocratie participative était  la pierre angulaire de cette stratégie tout autant que la société, devenue aujourd’hui SEM Ville Renouvelée, en était le levier dans ce qui n’était alors qu’une métropole en miettes.

A la veille des prochaines échéances municipales, avec tous les socialistes roubaisiens, et en particulier ceux qui n’ont pas milité avec lui, je souhaite que nous puissions avoir vive à l’esprit la dure expérience du camarade Pierre Prouvost.

Je ne sais pas s’il aurait apprécié que l’on dise de lui qu’il était un grand homme, en tout cas Pierre Prouvost nous aura tous grandis, nous les Roubaisiennes et les Roubaisiens et c’est bien là l’essentiel.

Tout le reste n’est que vanité !

Famille, amis, camarades de Pierre Prouvost, je vous adresse mes condoléances les plus sincères.

La place des étrangers à Roubaix : dire Oui, savoir surtout dire Non !

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Le droit de vote des étrangers provoque des turbulences à Roubaix. Chers « Twittos » sans modération #suivez mon regard… Les #Roubaisiens veulent des élus réfléchis et mesurés. Le sujet est suffisamment important pour ne pas le réduire à une basse querelle électoraliste !

Je vous le dis sans calcul politique : je suis favorable au droit de vote des étrangers aux élections locales. L’idée que je me fais de Roubaix, du Nord et de la France, c’est celle de l’égalité des chances, de la liberté d’expression et des droits de l’homme ; autant de principes qui guident une République aux idéaux entachés par le fait de ne pas ouvrir la citoyenneté électorale aux étrangers quand celle-ci existe sans problème depuis longtemps dans différents pays.

A #Roubaix, cette reconnaissance se fait tout particulièrement attendre. Il est normal que cette mesure soit débattue, mais j’en appelle à la responsabilité de chacun pour ne pas exacerber artificiellement les tensions et ne pas se tromper de priorités. La nationalité française et notre République ne sont pas menacées par ce qui constituerait un vrai progrès pour la société. Cette décision représenterait une juste reconnaissance pour les #Roubaisiens qui, quelles que soient leurs origines, participent au dynamisme culturel et économique de notre ville. Il y a longtemps que leur légitimité dans la vie de la cité n’est plus à prouver ! Brandir l’étendard du communautarisme en se drapant derrière le risque d’une sous-citoyenneté, ne fait plus illusion. Cette posture n’a d’autre fondement que les réflexes archaïques qui n’ont d’autre force que le désagréable relent du débat sur l’identité nationale qui alimente allègrement la peur de l’étranger…

Cher #Guillaume Delbar, nous sommes pourtant d’accord sur un point : « cela fait partie de l’histoire républicaine de notre pays que d’avoir une vision ouverte de la nationalité ». Nous ne sommes plus au temps de la peste noire et notre République a vocation à évoluer. Votre parti n’a-t-il donc tiré aucune leçon du changement de loi sur le mariage ? Oui, nous, les #socialistes roubaisiens en sommes convaincus : la reconnaissance du droit de vote des étrangers serait une pierre de taille apportée à la construction de notre socle républicain et le ciment de notre société n’en serait que renforcé.

En revanche, s’il est de notre devoir, à nous élus, de favoriser la prise de parole des citoyens, il faut aussi savoir avec force la leur refuser. Il y a des paroles exécrables et la xénophobie n’a pas droit de cité. C’est pourquoi je condamne avec la plus grande fermeté les propos tenus par un riverain lors de la réunion courageusement organisée par la Ville de Roubaix au sujet des Roms sur la friche Miellet. Les #Roubaisiens auraient apprécié que vous en fassiez tout autant plutôt que tenir vos propos dépassés. Laissez à l’Histoire ses plaies, pour ma part je préfère savoir dire oui aux idées d’avenir, regarder la réalité en face et vivre avec mon temps, avoir le vrai courage, celui qui consiste à savoir dire « non » quand le droit n’est pas respecté, qui plus est quand la République est outragée !

 

On ne joue pas Roubaix à la roulette!

Bien que je n’apprécie guère les collusions entre politique et médias, je tiens exceptionnellement à souligner l’analyse politique livrée ce dimanche 14 avril 2013 par Nord Eclair. Deux choses y sont décrites comme certaines : un pari perdu d’avance pour moi contre un pari gagné pour l’abstention. S’il y a beaucoup de vérité dans ces propos, j’y vois aussi et surtout beaucoup d’honneur à mon égard car effectivement, mon ennemi n’est pas Pierre Dubois : mon seul ennemi c’est l’abstention ! Mes meilleurs amis sont la confiance que les électeurs peuvent accorder à mon parti et le courage politique pour renégocier la politique à Roubaix ; deux conditions indispensables pour prétendre changer la vie des Roubaisiennes et des Roubaisiens.

 On dit qu’en politique les victoires sont collectives et que les échecs sont personnels. Ce n’est qu’à moitié vrai. Rétablir la vérité, c’est dire qu’il y a aussi des victoires personnelles qui camouflent de véritables échecs collectifs. Et c’est bien cela qui me fait mal au cœur à lire le journal de ce dimanche : c’est que je ne trouve nulle part un mot positif, une idée porteuse d’espoir… comme si la grande dépression actuelle de la société française, qui se traduit dans bien des foyers roubaisiens par des échecs pour accéder au logement, à la santé, à l’emploi… devait obligatoirement être reconduite d’avance par anticipation sur l’échec de l’ensemble de la classe politique. En tout cas, ce n’est pas ce que je crois, ce n’est pas ce pourquoi je m’investis et c’est justement parce que j’incarne l’inverse, que je pense être utile à ma ville.

Face aux verrouillages présumés des partis et aux alliances hypothétiques qui oublient de manière effarante les très mauvaises surprises sorties des urnes, quoi qu’il advienne, j’opposerai mon énergie et mon engagement personnel infatigables aux valeurs qui sont celles de mon parti : intelligence, confiance et progrès social.

Roubaix ne se joue pas à la roulette. 100% de ceux qui sont tentés de penser comme çà ont perdu d’avance !

Les handicapés ne sont pas des anges! (et encore moins des démons)

Si, en tant que Conseiller Général, j’ai volontiers accepté la responsabilité des personnes en situation de handicap c’est parce que je suis convaincu que le Département a une responsabilité décisive pour l’autonomie et l’épanouissement de chacun, quelles que soient ses différences.
Je crois qu’il est maintenant plus que temps d’aborder un sujet sensible et trop souvent ignoré : celui que le sociologue Eric Fassin nomme très justement la « citoyenneté sexuelle ».
Vous connaissez l’importance que j’accorde à la réflexion et au débat, c’est pourquoi le 11 avril j’ai convié les acteurs Nordistes du handicap à la projection du film « The Sessions ». La diffusion du film dans seulement 40 salles en France est en elle-même explicite… Il me semble pourtant essentiel aujourd’hui de mettre des mots sur cette réalité qui pose des questions éthiques. C’est un sujet actuel, inévitable et il faut cerner les bonnes questions si l’on veut faire naître des idées pour améliorer l’avenir.
En pleine résonance avec Jérôme Guedj, Président du conseil général de l’Essonne qui a également pris l’initiative, Patrick Kanner et moi-même avons la ferme volonté d’ouvrir le débat sur le sujet ; non pas par esprit de provocation mais simplement parce qu’à ne pas vouloir regarder la réalité en face, notre société finit par se montrer honteuse : en famille, en institution, il est grand temps d’arrêter d’alimenter la mésestime de soi, la frustration génératrice d’agressivité, de violence, voire pratiquer la prostitution sous le manteau.
Le sujet ne se résume pas aussi simplement à la question de la légalisation de la prostitution. C’est un raccourci qui stérilise immédiatement le débat. Il est à mon sens plus proche des questions qui se sont posées par rapport à l’homosexualité. Il ne s’agit pas d’une perversion. C’est une réalité. Elle nous force à accepter et reconnaître que des personnes différentes de nous puissent avoir une vie amoureuse épanouie, ni plus, ni moins.

Les personnes handicapées qui se sont exprimées sur le sujet nous le disent franchement:  » nous ne sommes pas des anges ! »
Cela pose une série de sujets concrets, plus ou moins complexes, tels que celui du rapport des handicapés à leur propre corps, celui du regard que nous, valides, posons sur leur corps ou leur personnalité atypiques, le respect de l’intimité des adultes handicapés, l’éducation sexuelle (à la fois celle des personnes handicapées mais aussi et surtout via la formation des professionnels médico-sociaux). Il faut aussi trouver le courage d’ouvrir le sujet sur la capacité des personnes handicapées à avoir, élever ou adopter des enfants… Bref, tout cela se résume dans les non-dits de la scène, peut être la plus marquante du film « The sessions » : celle du café. A elle seule, elle résume l’attente principale de Mark O’Brien vis-à-vis de Cheryl : celle d’une rencontre ; rencontre au sens amoureux du terme.
On le voit bien, la France est aujourd’hui bien en retard sur le sujet. De nombreux pays européens tel que l’Allemagne, la Suisse, la Belgique, les Pays-Bas, l’Italie, l’Autriche et le Danemark ont légalisé la profession d’assistant sexuel. Je ne prône pas le mimétisme, mais nous devons nous faire un devoir de lever le tabou. Il y a des changements qui marquent une évolution des mentalités et qui modifient le cours de l’Histoire. Posons-nous les bonnes questions : pas celle de la légalisation des assistants sexuels mais celle du droit des personnes handicapés à avoir des partenaires sexuels, pas celle de conceptualiser la vie affective et sexuelle des personnes handicapées mais celle qui consiste reconnaître le droit fondamental pour tout homme et toute femme à avoir la possibilité d’une vie amoureuse. L’adoption du mariage pour tous est tout à l’honneur de notre société, n’en déplaise aux mauvais coucheurs, je me battrai pour que le droit à l’amour des personnes handicapées le soit tout autant!