quand le Département va…

Ce lundi 20 octobre je suis intervenu en assemblée plénière du Conseil général pour l’approbation du Plan d’actions du contrat d’aménagement et de développement durables de l’arrondissement de Lille préparé par Martine Filleul…
Ceux qui me connaissent savent toutes les précautions que je peux prendre dès lors qu’il s’agit de parler d’aménagement du territoire tant le risque est grand de manier de grands concepts qui ne rassurent au final que les spécialistes. Le danger c’est de laisser les citoyens livrés à leur propre conviction que les élus ne peuvent de toute façon rien pour changer le cours des choses comme si l’avenir n’était qu’une succession d’incohérences, d’imprévus et d’accidents, pour ne pas dire une fatalité !
Il fut un temps où la population tenait pour planche de salut le fait que « quand le bâtiment va tout va » et les collectivités, emboitant le pas aux services de l’Etat, aménageaient le territoire en « disposant des équipements structurants » en maillant le territoire à part égale, à grands tracés d’infrastructures et de plans tirés sur la comète. Nous avons bien évolué, mais je ne suis pas certain que nous en soyons tous totalement revenus. Mêmes nos tentatives de replâtrage à grands coups de « vivre ensemble » de ce que l’on appelait autrefois les « grands ensembles » commencent à ne plus faire illusion… Cela ne parvient pas à cacher des fractures sociales toujours plus béantes. Peut-être ne savons-nous pas dire les choses suffisamment simplement ?
Pire, il nous faut maintenant lutter contre la tentation d’une part de plus en plus importante de la population qui, face aux incertitudes de notre monde, ne voit plus de solution que dans le rétrograde, le repli sur soi, vous voyez… quand c’était beaucoup mieux avant, quand ça fleurait bon le terroir, quand tout le monde marchait à pas cadencé bien en rang…
Mais voilà, heureusement, le monde d’aujourd’hui ne fonctionne plus comme ça : il y a belle lurette qu’on ne distingue plus les Nordistes des villes et les Nordistes des champs! Nous vivons dans un monde toujours plus complexe, dans une société de plus en plus réactive. Nous réalisons que l’existence même de l’institution départementale n’est plus aussi sûrement acquise, alors vous pensez bien… arrêter des plans à l’avance pour le bien des administrés et promettre leur réalisation comme si elles devaient se dérouler de façon mécanique… Peut-être devons nous apprendre à parler plus franchement ? C’est ça le grand mérite du travail que Martine Filleul nous propose aujourd’hui : il sait composer entre grandes ambitions et petites attentions. Il ne cède jamais aux certitudes. Surtout, il se garde bien de toute prétention.
Valider aujourd’hui le Plan d’actions du Contrat d’Aménagement et de Développement Durable de l’arrondissement de Lille c’est donc tout sauf une formalité administrative ou une décision définitive. C’est juste la preuve vivante que l’on peut travailler de la même manière, dans le Cambrésis et en métropole lilloise, dans le même dialogue entre collectivités, services de l’Etat, organismes consulaires et la société civile en général.
Alors oui, certains feront remarquer qu’il y a quand même dans ce plan des projets d’investissement lourds qui ne « nous » concernent pas. Je pense au soutien au déploiement du réseau Très Haut Débit ou au doublement de la capacité du métro de la métropole… Mais le Département n’est pas un dinosaure incapable de s’adapter à son temps, c’est un organisme vivant, constitué de Nordistes conscient d’évoluer dans un écosystème en pleine évolution fait de lobbys, d’organismes consulaires, de collectivités parsemées de compétences et de découpages administratifs… Il agit, il s’adapte en avançant, il pense résolument à l’avenir de ses habitants.
Il ne vous aura pas échappé que, dans le contexte de la réforme territoriale, la portée de ce plan consacré à l’arrondissement de Lille est donc tout à fait symbolique. Qu’il se nomme Nord, Nord Pas-de-Calais Picardie, Eurométropole, Aire métropolitaine de Lille ou que sais-je encore, l’ensemble des espaces de vie quotidiens que partagent les Nordistes, pour être édifiés en collectivité ont besoin d’une clé de voûte fiable. Qu’on le veuille ou pas, c’est un fait, c’est la métropole lilloise.
J’inverserai même le propos en prétendant à l’inverse qu’il n’y a d’ailleurs aucune raison que les Nordistes de la métropole fassent l’objet de moins d’attention de la part du Département. Je ne veux citer en exemple de cela qu’une seule des 1039 actions et des 126 projets départementaux proposés et rigoureusement agencés dans ce projet. C’est sans doute celui qui peut paraître le plus anecdotique. Il est pourtant essentiel. C’est le soutien technique du Département pour qu’un médiateur puisse lire des albums sur l’aire d’accueil des gens du voyage à Mons en Baroeul. Voilà… je ne vous fais pas de théorie sur l’effet papillon dans le développement durable… Je constate l’utilité de tous les projets retenus, quelle que soit sa situation, quelle que soit sa dimension.
Alors évidemment ceux qui pensent encore qu’aménager le territoire se résume à additionner les kilomètres de routes départementales en resteront pour leur frais…
Je vous le dis, au final, l’important aujourd’hui, c’est de signer un contrat moral entre tous les Nordistes, quelles que soient leurs origines ou leurs aspirations. Quelles que soient les postures de principes et les grandes déclarations. Notre projet n’a pas d’autre prétention que de faire attention à son prochain, composer avec son voisin, s’accorder à regarder le même horizon demain, dans 1 an, dans 3, 6 ans (et c’est déjà bien loin !).
Fort de cette conviction, vous me permettrez de m’approprier un slogan porté autrefois à Lille métropole par Pierre Mauroy : je dirais que plus encore qu’un document qui nous « rassemble », c’est surtout (et c’est bien là l’essentiel) un document qui nous « ressemble » ! … dans toute notre diversité, nos sensibilités… et nos contradictions…
Au delà de nos appartenances politiques, en nous reconnaissant tous dans ce projet en tant que modestes représentants nordistes puissions-nous donc rendre confiance à nos concitoyens afin qu’ils puissent penser, sinon dire, « quand le Département va, tout va ! ».

Seconde partie : bien dire les choses pour mieux les changer!

« Mal nommer les choses, c’est ajouter à la misère du monde » disait Albert Camus. Nous, socialistes, n’en sommes visiblement pas suffisamment conscients. Nous devons commencer par parler autrement aux Nordistes et aux Français.

Dans nos pratiques militantes tout d’abord: que peut évoquer, même pour un militant moyennement intéressé, les termes de « section », de « comité de section », « d’assemblée d’arrondissement »? Leur existence exactement calquée sur des limites municipales dont nous affirmons par ailleurs qu’elles sont dépassées pour agir au plus juste est une manifestation de notre repli sur des pratiques totalement dépassées.

La dimension municipale des réunions de militants socialistes est en outre un facteur d’une paralysie dans nos comportements : des « baronnies » se sont créées, et les élus, souvent le Maire, bien sûr, ont plus à cœur de « contrôler leur section » que d’y faire vivre le débat. Arrêtons-nous un instant sur les ravages que peuvent faire dans les esprits les pratiques rituelles d’achat de cartes… Il faut aussi se poser la question des dégâts provoqués par notre habitude (manie?) de poser comme principe décisionnel « qui ne dit mot consent ». Nous devons intégrer dans nos règlements intérieurs le vote effectif sur les mesures proposées.

En politique il n’y a pas de parole sans action! Et c’est bien la clé du problème. Le renouveau n’est pas une question de personnes. C’est peut-être une particularité de ma section roubaisienne, mais depuis que le mot d’ordre permanent est « la parole aux militants », il n’y a plus de production d’idées à Roubaix.

S’il est évidemment essentiel que les militants puissent s’exprimer, l’important c’est que ceux qu’ils ont désignés comme responsables travaillent cette parole pour dépasser le brouhaha, les boniments, poser les bonnes questions, repérer les propositions et mettre en forme cette expression. Il faut faire preuve d’un peu d’intelligence collective pour entendre ce qui est dit, construire le discours, le traduire en actes. Il en va dans le Nord comme à Roubaix : pour mettre fin aux petits potentats, il faut non seulement dépasser les limites communales pour organiser le PS, mais il faut encore quela Fédérationdevienne … une Fédération qui ne craigne pas de dire les choses pour avancer des initiatives, donner des directives, intervenir dans les sections, bref donner une cohérence et du sens à l’ensemble du travail des militants Nordistes.

En politique, il n’y a pas d’action sans parole non plus ! C’est une question centrale de notre époque: la communication. Le langage des socialistes ne parle plus. Il ne se comprend plus. Ne nous étonnons donc pas qu’il ne soit pas écouté ! Nous parlons aux citoyens comme un formulaire administratif. Nous devons changer de discours. A titre de mauvais exemple, pour obtenir un « chien d’aveugle », il faut solliciter « une aide animalière ». A titre de bon exemple, les « états généraux », tout le monde sait ce que ça veut dire … mais c’est justement une terrible responsabilité que nous avons d’en faire sortir quelque chose qui démontre que ce n’est pas seulement un nuage de poussière.

Evidemment, la communication doit mieux intégrer la question des réseaux sociaux, encore mal appréhendée par beaucoup. Il n’est pas question de s’en féliciter ou de le regretter, mais c’est une dimension actuelle qui s’impose à l’ensemble de la société. Les tracts toutes boîtes ne rassurent guère que les militants, c’est une pratique connue, mais pour quelle efficacité? (les études disent 1 pour mille). Nous devons nous former à l’utilisation de ce mode d’expression qui n’en est qu’à ses débuts.

Les débats de Congrès ne doivent pas être une guerre contre un ennemi qu’on veut pulvériser, avant, pendant et après: c’est un moment ouvert qui permet de fixer, étape par étape, notre objectif. Le temps du Congrès terminé, chacun dans le Parti doit en accepter les conclusions, même si elles ne sont pas celles qu’il attendait, ce qui est loin d’être le cas actuellement. Regardons la réalité en face : combien de départs dus à l’après-congrès ? Je ne reparle pas des cartes sollicitées pour l’occasion. Nous devons impérativement cesser les comportements guerriers ! Pour gagner le respect de nos concitoyens, nous devons commencer par apprendre, entre camarades, à nous respecter.

Des mesures d’avenir, oui, mais en les construisant autrement ! Tout le monde a compris que le changement, ce ne serait pas pour maintenant, mais ça ne veut pas dire que c’est pour jamais. Pourquoi donc un tel déficit d’action et d’anticipation politique ? Notre culture de l’unilatéral se traduit par un volontarisme politique asséné qui, au fond, ne règle pas grand-chose. Le problème dépasse ce seul cadre. La société française débat mal avec elle-même. La conscientisation et la compréhension des sujets urgents existent, mais elles ne se transcrivent pas en capacité d’action. Nous devons impérativement développer la transition maîtrisée : expliquer le bien fondé, en réalisant les choses par étapes successives. Faisons des choix, inscrivons des cheminements, gérons un agenda collectif à court et moyen terme, un an, cinq ans ou dix ans… Construisons collectivement. Risqué ? Sans doute… Dans un discours historique Teddy Roosevelt déclarait :

« Le vrai crédit va à celui qui se trouve dans l’arène, le visage sali de poussière, de sueur et de sang, luttant courageusement. Celui qui commet des erreurs, se trompe plusieurs fois mais qui, à force d’obstination, finit par réussir, car il n’existe pas d’effort sans erreur ».

Trouvons donc le courage de nous regarder droit dans les yeux et faisons l’effort de décrasser nos idées. N’ayons pas peur de faire de nos idéaux des réalités. A l’austérité, imposons la diversité, elle est à la source la liberté de l’égalité et de la fraternité !

Première partie : Ne pas se satisfaire du monde tel qu’il est!

La Fédération du Nord du Parti socialiste a lancé cet automne ses Etats généraux, manifestant par là une volonté de donner un nouveau rythme à un élan militant qui, il faut le reconnaître, s’est cassé les dents sur les élections municipales et européennes. Je veux vous faire connaître ma réflexion.

Les Socialistes ne peuvent pas rester sans réagir aux lourdes défaites enregistrées aux élections municipales et européennes, ni au rejet de la politique en général et de la politique menée par le gouvernement ! Nous constatons bien que même le récent changement de gouvernement n’a pas de prise sur ce que l’on peut qualifier au mieux de désintérêt, au pire de véritable détestation. Pour que l’expression et l’action du Parti Socialiste soient en phase avec les attentes des Nordistes et des Français, il faut tout d’abord accepter d’ouvrir le débat. Malgré notre faiblesse actuelle, nous gardons une force: nous restons le Parti qui crée encore une attente de la part de nos concitoyens.

Si beaucoup de militants quittent le Parti, c’est plus en ne renouvelant pas leur adhésion qu’en le quittant avec fracas. Le PS reste une force politique capable de dessiner un avenir, de proposer une perspective autre que la seule gestion des affaires publiques ; ce qu’il sait bien faire par ailleurs. La faiblesse du PS est l’exact reflet inversé de sa force: quoiqu’il puisse être une force de proposition, il n’exerce plus ce rôle depuis longtemps, ses responsables, ses élus, ses décideurs se retranchant trop souvent derrière la complexité du monde actuel pour s’interdire d’être innovants.

Je vois d’ailleurs dans les préoccupations des états généraux de la Fédération du Nord du Parti Socialiste un indice de cette frilosité: « construire des digues ». C’est justement là que nous ne devons pas aller: ceux qui nous écoutent encore ne veulent pas de digues. Les digues se contournent, voire se brisent sous la pression. C’est une « ligne Maginot » dont on connait trop bien l’inefficacité. La valeur dont les socialistes peuvent être le plus fiers, c’est bel et bien l’article 1er de la déclaration de principes:

« Etre socialiste, c’est ne pas se satisfaire du monde tel qu’il est, c’est vouloir changer la société. L’idée socialiste relève à la fois d’une révolte contre les injustices et du combat pour une vie meilleure. Le but de l’action socialiste est l’émancipation complète de la personne humaine ». Aujourd’hui, qui le sait ?

Le PS doit se renouveler, mais il ne doit pas abandonner ses fondamentaux. Il doit être fier et conscient de l’héritage qu’il apporte aux français. Il doit s’affirmer comme LA force politique capable de faire avancer la société.

Dans une crise mondiale, il est tentant de se recroqueviller sur des acquis sociaux. C’est normal, mais ce n’est pas porteur d’espoir. Pourtant, nous nous inscrivons dans un mouvement progressiste mondial. C’est le PS qui a porté, qui a mis en œuvre toutes les dernières avancées sociales dans notre pays et je ne cite ici que les plus récentes: la création dela Banque publique d’investissement, l’augmentation du RSA, l’augmentation de 25% de l’allocation de rentrée scolaire, la sortie de l’impôt sur le revenu de 4 millions de ménages,  la création de 100 000 places de crèches, la taxation des très hauts revenus, l’abrogation du décret qui facilite l’accès à la profession d’avocat aux parlementaires et anciens ministres, la création de 60 000 postes dans l’éducation nationale, les création de postes dans la police nationale, la justice et la gendarmerie, l’élévation à 25% du taux de construction obligatoire de logements sociaux dans les communes, le financement de la sécurisation des parcours professionnels axé sur les publics les plus fragiles, les moins formés et les chômeurs et j’en passe…. Les 35 heures restent également une avancée sociale dont nous pouvons être fiers ! Le bilan est donc bon, affirmons-le, rappelons-le. C’est donc autre chose qui cause ce désintérêt pour un parti qui porte le progrès social….

Et si on arrêtait de véhiculer bêtement les clichés…

Il y a dans les médias et la politique des mots valises comme le « vivre ensemble » qui finissent par ne plus rien dire tellement chacun les charge de n’importe quoi. Et puis il y a ceux qui, à l’évidence, sonnent juste parce que vraiment ancrés dans la réalité. Parmi ceux là j’affectionne tout particulièrement « les transports collectifs », cette idée qu’au-delà du déplacement pratique, écologique et pas cher d’un groupe, voyager se transforme en expérience collective où l’on partage aussi, en bien ou en mal, les sentiments que véhicule notre société.

Les communicants l’ont bien compris et je dois dire que la nouvelle campagne de communication de Transpole est belle de promesses. En choisissant le slogan « vous allez aimer être libre » on nous annonce le bonheur de vivre à plein une métropole, je cite : « irrésistible, active, moderne, effervescente, surprenante !» sauf que… à bien regarder les portraits que l’on nous impose, parce qu’il ne suffit pas d’afficher une belle fille venue d’Afrique noire pour se dédouaner d’un vrai engagement pour la diversité, nous sommes bien vite coupés dans notre élan vers la modernité.

Faisons attention… qu’est-ce qu’on nous montre vraiment? Un papa sympa qui rentre du boulot, une jolie mamie qui prend sa petite fille modèle sous son aile, un jeune rappeur très propre sur lui et une femme que le fait de dépenser sans compter semble mettre en transe… ?! Certes on veut nous vendre du bonheur mais il y a comme un truc qui fleure bon la fatuité, comme un petit goût de périmé dans ces fausses belles idées…

A ne voir les petites filles qu’en sucre, les ados en bêtas, les hommes en benêts, les femmes en écervelées et réduire les séniors à leur odeur de sainteté, ceux qui doivent affronter l’adversité du quotidien pour trouver un emploi, remplir leur frigo, se faire soigner, tenter d’avoir des enfants qui réussissent… risquent d’être nombreux à ne pas s’y retrouver et à rester longtemps sur le quai avant d’espérer raccrocher les wagons avec la société !

Dans une France qui cède petit à petit à la tentation du rétrograde ne nous étonnons alors pas que les journalistes comparent les travaux d’une gare à « une vieille dame qui se fait relifter » et que des maires machos n’aient toujours pas compris « qu’il n’y a pas que l’auto dans la vie ». A ce train là les fascistes en gilets jaunes autoproclamés « agents de sécurité » n’attendront pas le printemps pour renouveler leurs descentes et nous réveiller…

Oui, chaque fois que je prends le métro je rencontre des gens qui parlent fort, jettent des papiers et sentent mauvais. Mais plutôt que de me laisser conter des histoires à la sauce « petit Nicolas », permettez-moi de vous dire que je vois aussi de nombreux gestes simples, discrets et attentionnés de Nordistes qui renouvellent modestement une promesse de plus de 200 ans : celle d’agir en faveur de l’Egalité. Et si au final, bien loin des communicants qui en font toujours des tonnes, en dégageant le passage, en laissant sa place, en ayant un mot aimable ou en partageant un encas, les transports en commun, au-delà de nous déplacer d’un point A à un point B réussissaient l’exploit de faire avancer ne serait-ce qu’un tout petit peu les mentalités ?

Un Titanic de sottise?!

 

Aveuglement par le soleil? Abrutissement par la canicule de ce week-end? Molle autosatisfaction de l’auto-déclarée ville-monde de Roubaix? Quoi qu’il en soit, à lire les réactions des uns et des autres suite au déploiement d’une banderole associant la politique d’Israël à celle d’Hitler sur la Grand place de Roubaix, il y a de quoi avoir froid dans le dos…

Disons le une bonne fois pour toute : les Israéliens ne sont pas tous des sionistes et les Palestiniens des fondamentalistes, et dans les actes d’agression et de répression totalement asymétriques et disproportionnés qu’ils se livrent, avec la distance, il devrait quand même nous être un peu plus facile de dire que les deux gouvernements qui les dirigent font fausse route. Aller vers la paix, c’est agir avec raison et défendre coûte que coûte l’idée qu’un jour soit possible un pardon.

A des milliers de kilomètres, sur la planète Roubaix on se demande bien ce jour qui est capable de demander pardon…

Pardon à Jaurès pour ceux des partis de gauche qui cherchent à se dédouaner en se confondant en excuses sur l’air du « on ne savait pas ». Voilà ce qui arrive quand on est plus pressé de battre le pavé sur des prétextes les plus confus que de réfléchir à deux fois pour agir avec droiture. Il y a tout juste cent ans, le 31 juillet, le premier des socialistes était assassiné pour avoir soutenu la seule cause qui vaille : la Paix. Avons-nous oublié ce qui dès le 2 août advint ?

Pardon à Jean Lebas, faut-il sans cesse le rappeler, notre Maire mort en déportation, pour que le Premier des Roubaisiens ne laisse pas son adjointe à la sécurité se débattre seule comme un agent de police au milieu de la circulation. Monsieur le Maire, il y a des principes républicains que vous avez le devoir de mettre en actes : je vous demande de déposer immédiatement plainte contre ceux qui ont déployé une banderole aux motifs de croix gammées !

Pardon peut-être aussi aux fondateurs de la Voix du Nord quand on voit la presse d’aujourd’hui obligée de publier ces insignes, comme si l’écrit ne suffisait pas pour dénoncer, comme si les images simplistes montrant des agités avec des croix gammées devant l’église Saint Martin n’allaient pas se propager comme la poudre sur les réseaux sociaux, alors même que le Front National exclut scrupuleusement le premier qui touchera à ces symboles… Le vertige est quand même saisissant quand on voit la légende de la photo qui nous indique, l’air de rien : « la manifestation de soutien s’est déroulée dans le calme à Roubaix » ?!

Bon Dieu ! Le vingtième siècle ne nous a-t-il donc rien appris ? Avant de contribuer à déclencher des tempêtes à l’autre bout de la planète, quand, nous autres papillons Roubaisiens, cesserons-nous enfin de brasser du vent ?

Contre ce qui se passe à Gaza il faut sans aucun doute manifester notre indignation, encore faut-il le faire avec raison ! Puissent les erreurs d’appréciation de Jaurès nous rafraîchir les idées quand à la veille du conflit il déclarait encore : « Ils auront beau prolonger les éclats de leur musique nationaliste…/… ce Titanic de sottise et d’arbitraire descendra lentement mais sûrement sous les flonflons de l’orchestre réactionnaire, dans une mer glacée. »…

Les loupés de la pêche à la Roubaisienne

Qu’ils soient modestes citoyens ou élus, les Roubaisiens ne sont pas autrement faits que le reste des Français. A passer de plus en plus vite sur les évènements, à parler à tort et à travers dans les médias, à se répandre dans tous les sens sur les réseaux sociaux, ils contribuent au brouhaha ambiant qui anesthésie les gens en lassant d’aller voter, quand ils ne participent pas activement à l’amnésie générale. Que l’on ne s’étonne pas des résultats sortis des urnes qui sont l’amalgame d’une colère plus ou moins trouble et d’extrémistes qui voudraient nous faire croire que le bleu marine est plus blanc que blanc. Franchement : que faisons nous donc vraiment de notre capacité d’indignation ?

Sans remonter à Hippolyte Culine, qui se souvient que René Vandierendonck n’était pas Socialiste quand, en 1995, il a été élu Maire de Roubaix ?  Qui se rappelle que Pierre Dubois l’avait rejoint sur cette liste de droite et que, pour cette bonne raison, il a été exclu du Parti Socialiste? On sort rincé par la tribune de ce dernier dans le bulletin municipal tant cette capacité d’oubli est exceptionnelle : voilà que l’artisan de la défaite de la gauche se pique de donner des leçons à son successeur. Non, Robert Lamoureux n’est pas mort ! Le canard court encore…

Le plus grave reste tout de même que ceux qui sont allés à la pêche au suffrage et qui ont gagné à grands roulements de tambours ne se comportent pas mieux ! Le pire est que leurs errements se constatent dans un domaine où il était pourtant facile d’agir vite et bien : la transparence et l’explication de l’action publique. Il est déjà bien loin le temps de la campagne où les journalistes avaient toujours un interlocuteur prompt à dénoncer les élus indisponibles, aujourd’hui, les choses sont encore plus simple : il n’y a plus d’abonné au bout de la ligne.

Je reste stupéfait de la capacité de celui-ci devenu élu ou de celui-là recruté à la Mairie qui se répand sur Twitter dans des polémiques hasardeuses. L’exemple donné aux habitants et aux agents de la ville est d’autant plus déplorable qu’il est suivi et que l’on peut voir certains fonctionnaires – et pas les moindres – s’épancher sur leurs états d’âmes (sourions) ou sur leur travail : c’est une infraction au devoir de réserve. Que penser de la capacité à défendre l’intérêt général de celui dont la presse nous apprend par la voix même de l’intéressée qu’il s’est fait élire pour résoudre le problème d’expropriation de sa maman ? Il découvre maintenant qu’être élu c’est « plus de travail » ( !). Que ces gens là ne comptent pas sur l’indulgence dont on fait généralement part aux nouveaux arrivants : ils ne sont tout simplement pas dignes de confiance. Ils se sont présentés comme une équipe responsable : ils s’avèrent n’être que le mariage de la carpe et du lapin.

Alors, pour tenter de camoufler ces absences, ces défaillances, le Maire en personne cherche à se donner des grands airs à grands mouvements de canne, renfort de filets et cordons de sécurité. Ayant déjà oublié sa petite pêche aux voix et ses vibrantes déclarations quant au besoin d’animer Roubaix, quand cela aurait pu être un beau soir de fête ou à tout le moins une paisible soirée de juin, il évacue toute âme qui vive du centre-ville : ce mercredi soir on aurait cru que le canal s’était pendu !

Si nous ne sommes pas tout à fait comme les autres, nous les Roubaisiens, il ne faut pas non plus nous prendre pour des poissons rouges… Parce que j’ai vraiment l’ambition d’un avenir meilleur, je veille à ce que les socialistes n’aient pas la mémoire courte. Je sais comme vous Madame, vous Monsieur, que la responsabilité n’est pas soluble dans le temps. Vous pouvez compter sur moi pour assumer mes engagements. Face à ceux qui font déjà « flop » je réponds « présent ! ».

Attention Ch’ti méchant!

Ils sont bien gentils tous nos édiles nationaux qui se glorifient de retailler la carte de France à grands coups de ciseaux en se disant qu’il vaut mieux éviter de toucher au nez de l’Armorique sous peine de fâcher tout rouge les bretons à gros bonnets. Ils feraient bien de se méfier des Ch’tis à la réputation si « sympa » quand ils pensent que cela n’émouvrait pas grand monde que le Département en lanière « tout là haut » disparaisse discrètement sous le tapis de la carte de France…

Tant mieux si les décideurs des autres pays européens reprennent de l’appétit à voir la France tester la nouvelle saveur « moutarde et cancoillotte ». Nous les Nordistes nous n’y goûtons que très peu : forts de l’histoire de nos villes, des fluctuations frontalières que nous avons vécues, conscients d’être au cœur de la vraie vie, des mouvements collectifs que nous partageons, nous savons bien que derrière l’image de la France aux 365 fromages, c’est bien la question de la convivialité et de notre avenir commun qui est en danger. Peut-être est-ce parce que nous sommes dans la pleine crise de croissance propre à notre jeunesse que nous avons une telle fringale de santé, d’éducation, de travail et d’épanouissement personnel ? Une chose est sûre nous avons une faim de loup en matière d’avenir et de solidarité !

Quelle recette alors employer? Evidemment, quand il s’agit de 2 600 000 français, il vaut mieux se fâcher avec le seul Département du Nord qu’avec les 17 départements les moins peuplés de France… Alors oui, commençons par mettre en ménage les deux Normandies, les 2 800 000 Bourguignons et Francs-Comtois, n’oublions pas de nous rappeler que dans la France d’aujourd’hui un mariage sur deux se solde par un divorce et nous, habitants du Nord, nous commencerons à nous sentir sur le même pied d’égalité !

Nous n’avons attendu personne pour agir en commun et avancer à grands pas avec nos homologues du Pas-de-Calais. Notre façon à nous de gouverner sur notre territoire aux larges horizons fait de nous le partenaire naturel de la Flandre et de la Wallonie. A l’avant-garde nous le sommes depuis bien longtemps avec les créateurs de Maubeuge et Charleroi qui ont compris depuis bien longtemps que la culture n’est pas la cerise mais la levure du gâteau. Nous sommes pionniers au plan institutionnel, loin du cliché de la baraque à frites, avec l’intercommunale européenne Dunkerque-Flandre-Côte d’Opale et celle de l’Eurométropole de Lille-Kortrijk-Tournai…

Je vous le dis, pour gagner en efficacité, l’Etat a bien tort de chercher à faire campagne au milieu des champs. Quand on a vraiment conscience de vivre dans un monde globalisé on réalise rapidement qu’il y a plus d’élus communaux à Roubaix qu’à New-York qui est pourtant 100 fois plus grande et que nous avons cinquante ans de retard sur la Belgique pour trouver le bon levier du pouvoir communal. Notre atout à nous, gens du Nord, c’est d’avoir conscience que notre territoire est dirigé par la force des réseaux. C’est pour cela que nous, les élus de progrès, nous devons d’abord faire campagne sur les terrains en friches qui sont les premiers à être marginalisés !

En tout cas, puisque le débat semble fleurer bon le terroir et la réflexion à gros bords, j’ai assez envie de dire qu’en bons Ch’tis (c’est-à-dire accueillants et conviviaux !), pour ce qui concerne le mille-feuilles, nous ne étriperons pas pour nous tailler la part du lion mais nous ne nous satisferons pas pour autant des miettes. Les élus de Ch’nord sont peut être moins causeux que les bretons mais vous pouvez compter sur eux en cuisine pour que chacun puisse continuer, en toute convivialité, à se régaler de sa part de tarte au chuque ou au libouli !

Donnons le meilleur de Roubaix : commençons dès maintenant !

A l’issue d’un premier tour particulièrement confus et d’un second qui n’a guère valu mieux, les Roubaisiennes et les Roubaisiens ont finalement choisi en pleine liberté de conscience, pour la première fois depuis trente ans, « leur » Maire : Guillaume Delbar.

Plus qu’un vote d’adhésion, les électeurs ont surtout cherché à donner aux responsables politiques une véritable leçon : respecter Roubaix cela commence par respecter la démocratie. Cela s’applique à la vie municipale, c’est aussi vrai pour le Parti socialiste. La gifle dût-elle nous cuire un bon moment, à voir la lente dérive de certaines villes qui viennent de passer au Front national, sans doute faut-il remercier nos concitoyens pour ce réflexe clairvoyant. Il faut y voir le signe d’une saine respiration démocratique… Jusqu’en 2020, il nous faudra donc “faire avec”; avec, au Conseil municipal de Roubaix, cinq toutes petites voix pour le Parti socialiste pour quatre au Front national. Au final, personne n’en sort grandi… Roubaix mérite tellement mieux que ça !

Comment nous sommes-nous à ce point trompés nous-mêmes ? Comment avons-nous concrètement défendu l’égalité des droits et des chances, la lutte contre toutes les formes de discrimination, à nous comporter dans notre propre parti en considérant celui qui pense un peu différemment comme un véritable ennemi ? A nous entredéchirer, nous l’avons mis dans un bel état le lien social qui devrait être au cœur de chaque socialiste… Je pèse mes mots : notre faute est historique. Mais le vrai drame, c’est que nous, socialistes, par notre suffisance, notre comportement aveugle et rétrograde, ce sont les Roubaisiennes et les Roubaisiens, et probablement les habitants de la métropole, que nous avons emportés dans notre propre perte. Dans la situation actuelle, ils n’avaient franchement pas besoin de ça…

Il y a un temps pour la colère, il n’y en a jamais assez pour travailler à l’apaisement. Six ans ne seront pas de trop pour rendre compte à nos concitoyens, faire nos preuves et, brique après brique, tout reconstruire patiemment, tout reconquérir ardemment. J’ai fait moi-même les frais de la division et, quoi qu’on en pense, quand tout me poussait à la dissidence, j’ai placé l’intérêt de ma famille politique avant le mien. J’ai décidé de rester engagé aux côtés de mes camarades parce que, malgré tout, je suis irréductiblement convaincu que c’est unis dans le Parti Socialiste que nous tenons le pouvoir de changer l’ordre des choses : je suis et je resterai indéfectiblement le premier à donner le meilleur de Roubaix !

Camarades socialistes roubaisiens, j’en appelle à la raison : je sais que chacun saura prendre ses responsabilités pour qu’ensuite nous ayons d’autres préoccupations que de couper des têtes quand il est tellement plus urgent de faire germer des idées. Est-il indispensable de chercher des coupables quand la priorité est de faire de nos idéaux une réalité ? Le premier respect que nous puissions porter aux Roubaisiennes et aux Roubaisiens n’est-il pas plutôt de nous préoccuper de leurs attentes ? Une seule chose est sûre : du Parti socialiste ils ne veulent plus jamais subir ça ! Notre priorité absolue doit être pour eux, et avec eux il est de notre devoir d’inventer de nouvelles pratiques militantes.

Franc, proche et amical, c’est comme cela que doit être mon Parti. C’est en nous fortifiant de ses idéaux que nous donnerons l’envie aux gens de s’impliquer sérieusement, que nous retrouverons le goût du travail collectif, l’appétit des autres et l’autorité morale nécessaire au bien commun.

Madame, Monsieur, gens de gauche, le Parti socialiste n’est pas parfait. Pour cette raison il a besoin de vous ! Vous qui pensez pouvoir être utile à notre ville et notre Département, vous qui êtes convaincus qu’on est plus forts unis que divisés, vous qui, tout simplement, vous sentez concernés par la vie à Roubaix, j’en appelle à votre bonne volonté : faisons-nous confiance, soyons à la hauteur de l’héritage de Jean Lebas, armons-nous de courage et prouvons que Roubaix est le cœur battant du Nord et de Lille métropole !

Commençons dès maintenant…

Et la tendresse…

Masturbation, répudiation, procréation, homosexualité… entre éruptions polémiques et manque de débat sur des questions de fond, la vie publique prend en ce moment un tour aussi confus que troublant. A entendre les invectives sur de tels sujets, il n’y a pas de doutes, nous sommes bien à la fin d’un cycle, un autre commence : la saison des amours…et de la campagne électorale !

Rappelez-vous, en faisant ses adieux à la vie municipale René Vandierendonck déclarait : « Pour être Maire de Roubaix il faut aimer les gens » et d’enchaîner « savoir rassembler tout le monde sur un projet et bosser comme un dingue »… Au petit jeu de l’anaphore des candidats à la fonction de Maire, chacun a tenté de déclarer sa flamme : certains échaudés veulent encore croire au coup de foudre, d’autre veulent penser que l’électorat est plus fidèle que les gens eux-mêmes …

Pourquoi vouloir y croire quand tout le monde sait déjà que l’amour ne dure que 3 ans ? Pourquoi donc vouloir parler amour en politique quand il est déjà de notoriété publique qu’appartenance à un même parti et amitié ne font déjà pas bon ménage ? Pas de « mytho » entre nous : à trop vouloir embrasser par des I love Roubaix aux quatre coins du monde, nous savons bien que nous cherchons à camoufler le désamour des entrepreneurs et des habitants qui nous préfèrent d’autres villes…

Si on comprend bien la nécessité de transcender le bien vivre-ensemble et les clivages politiques et s’il paraît évident qu’un Maire doive aimer « sa ville », encore faut-il être au clair sur la nature de cet amour. Comme dans tous les couples, entre un Maire et sa population ne suffit-il pas que l’un des deux ressente un manque de respect et de considération pour que ce soit toute la ville qui se trouve en souffrance ? Le problème, c’est qu’on n’aime pas sa ville comme on fétichiserait une maquette, on n’aime pas sa ville comme on a aimé son métier, quand bien même il fût au service du public…

Regardons-nous, regardons la propreté des rues, les comportements tétanisés, voyez se propager l’esprit « Kärcher » et la nervosité publique… entendez les réactions épidermiques des Roubaisiens au moindre regard télévisé : Roubaix manque sérieusement d’amour propre ! Je vous le demande donc : et si tous ces jeux de cours, ces tentatives de séduction de ces Maires en puissance n’étaient au final que besoin pour eux de se sentir aimés ?

Nous sommes bien là au cœur du problème : celui qui est incapable de gérer ses sentiments ne gagne pas l’amour de l’autre, il ne peut qu’en assumer les ruptures. Pire, il ne se rend pas compte qu’en alimentant la confusion, il ne fait que renforcer l’incompréhension de l’autre.

Messieurs les prétendants à devenir Maires arrêtez donc de vouloir nous faire boire des histoires à l’eau de rose et acceptez la vraie dispute politique, celle qui fait durer les histoires d’amour longtemps ! Que vous soyez love, sex & fun ou peace & love, l’électorat n’attend pas de vous des démonstrations de puissance et de richesse, assurez d’abord en politique avec raison… et pour parler au cœur des Roubaisiennes et des Roubaisiens, faites la part belle aux petites attentions !

En cette Saint-Valentin commencez par faire preuve d’un peu de tendresse et, si le cœur leur en dit, les électeurs accepteront peut-être de vous apporter par petit bulletin cacheté, ce printemps, la plus belle preuve d’amour que vous attendez ardemment!

« Stop Crève : je l’ai lu, je l’ai vu et je l’ai entendu causer »

Une semaine, il m’a fallu plus d’une semaine, et encore… Je me suis concentré, prenant la plume cinq, six, dix fois (oui bon, je prends encore la plume, le clavier ça vient après ; je m’améliore de jour en jour !) avant de penser que j’ai enfin écrit quelque chose d’acceptable… enfin d’acceptable… «  Cavanna est mort » : ce n’est pas acceptable ! Jamais je n’aurais imaginé que cela puisse arriver un jour. Pourtant, il nous avait bien prévenus et nous, bien sûr, on ne l’a pas cru le grand escogriffe, toujours à se vanter…

Situation inconfortable aux amis, pris entre leur tristesse et le respect de ce qu’il était et de ce qu’il expliquait de la mort : inutile et grotesque. Evidemment on pleure…Cet homme a accompagné des moments si importants dans nos vies : j’ai pratiquement appris à lire avec lui gamin, je criais « je l’ai pas lu, je l’ai pas vu mais j’en ai entendu causer ! », ce qui ne manquait pas d’étonner les amis de ma mère qui lisaient hara-Kiri ; ma mère, elle, rigolait doucement…

Cet homme a forgé ma conscience de citoyen : toujours apprendre, toujours se laisser aller à la curiosité, toujours respecter les autres, toujours combattre les cons, oui « bête et méchant » (mais pas con !). Toujours caresser l’utopie : dans son livre « Stop Crève », il expliquait pourquoi la vie serait plus belle si on ne mourait plus ! Cet homme a éveillé mes goûts littéraires, surtout en B.D. : bien sûr que sans lui, pas de Gébé, pas de Wolinski, pas de Reiser, de Cabu … et, j’imagine, pas de Boucq non plus ! Rendez-vous compte : j’ai parlé avec Reiser… j’ai même un album dédicacé et, dans 15 jours, à  Roubaix, à la librairie Autour des mots, je vais rencontrer Cabu (pas tout seul j’espère). Tout ça c’est Cavanna !

Je me forçais à continuer à acheter Charlie Hebdo parce que j’aimais ses chroniques (en ce moment, aussi pour les vignettes de Dubout). Cet homme là a créé des moments de plaisirs inoubliables (…et sa voix ! quand il parlait, on l’écoutait, bien obligés…). Ca paraît bête à dire mais ça a été un plaisir de pleurer avec lui quand il a perdu Maria. J’en ai des frissons en y pensant ; les mêmes frissons que quand j’ai vu apparaitre l’alerte Libération sur mon téléphone : « Cavanna est mort à 90 ans ». Cet homme m’a fasciné et… il m’a appris à ne pas être fasciné par les autres. Il fait partie des quelques hommes dont je me dis que j’aurais aimé vivre leur vie.

Une semaine pour écrire ça ? Oui, quand je dis que j’aurais aimé être Cavanna, c’est surtout parce que je rêve d’écrire comme lui… En attendant, je vais ressortir ses livres du deuxième rang de la bibliothèque, mais alors, pas question d’en prêter un ! A chaque fois j’oublie et, bien sûr, on ne me les rend jamais : donc pas de Cavanna qui sortira de chez moi. Vous n’avez qu’à les acheter après tout ! Pensez aux libraires : n’allez pas commander Cavanna sur Amazon, hein ?!

Je terminerai donc par plus gai que le titre : « je me suis aperçu que, si le travail bien fait est source de joies puissantes, la paresse savourée en gourmet ne l’est pas moins ».

…Cavanna, si je pouvais, je t’embrasserais!